Skip links

Je me suis donc retrouvé là.
Aux origines de l’humanité.

Dans cette grotte, transi de froid, de peur et de fatigue.

C’est là que, transcendé par la beauté de ces premiers chefs d’œuvre de l’humanité, j’ai compris ce qui était, sans doute, à l’origine de notre histoire.

A partir de seulement quelques bouts de pierre et de bois, l’humain avait créé… les RÉCITS et les OUTILS !

Ce sont les RÉCITS qui, en nous aidant à traverser le présent et à maitriser le futur, ont façonné notre rapport au monde.

La révolution cognitive de Sapiens, nous avait permis de projeter nos pensées sur la flèche du temps.

Créant ainsi des mythes, compagnons rassurants qui nous aideraient à supporter notre condition.

A s’accommoder de la vie et de la mort.

Depuis toujours, les RÉCITS nous offrent des réponses sur l’origine du monde et donnent un sens à notre existence.

L’émergence de RÉCITS communs ont favorisé des valeurs communes, des fonctionnements communs, une direction commune, … la base des sociétés.

Ils ont aussi façonné des visions du monde et des trames universelles qui ont résisté au temps.

Dans de nombreux RÉCITS à travers toutes les cultures et toutes les époques, on retrouve cette même trame où l’humain se voit en héros face à une puissance supérieure, qu’il doit vaincre, pour perpétuer sa propre existence.

Mais tous ces RÉCITS n’auraient pu être rendus tangibles sans un autre bouleversement qui a transformé ses capacités physiques, cognitives et culturelles.

L’humain est advenu grâce à sa co-évolution avec les OUTILS.

Les prémices de cette symbiose commencent avec un événement majeur à travers lequel sa puissance va pouvoir s’affirmer.

Par sa maîtrise du feu, l’humain vole le pouvoir aux Dieux.

Cette révolution déclencha toute une série d’autres, dont une qui scella définitivement son destin.

La révolution agricole fut le point de départ d’où l’humain commença à modifier son environnement, se faisant maître de la nature.

Pris dans une « folie créatrice », notre marche s’accélérait à mesure de la production des OUTILS, qui favorisaient à leur tour la diffusion exponentielle des RÉCITS.

D’abord essentiellement utile pour faire face aux phénomènes naturels que nous ne pouvions maîtriser, les RÉCITS se sont complexifiés pour s’étendre à toutes les sphères de la vie humaine, et permettaient désormais de façonner nous-mêmes notre propre avenir.

Grâce à la force des groupes sociaux, et à notre co-évolution avec les OUTILS, nous étions passés d’une maîtrise de la matière à celle de l’énergie, jusqu’à celle de la lumière.

L’humain était désormais au centre.

Nous avions pris le pouvoir sur la nature.
Le pouvoir de vie et de mort.

Nous avions transcendé notre condition naturelle et n’avions peut-être même plus besoin des Dieux.

L’ « homme sage » avait traversé le temps – de la terre au ciel – et désormais persuadé de pouvoir tout créer à son image, s’imaginait déjà aller au-delà.

Mais à mesure que je me rapprochais du présent, j’apercevais la phase ultime de cette hubris.

Paradoxalement, ce besoin de s’étendre dans le futur, avait fini par nous figer dans le confort du présent.

Chapitre 3 : le confort du présent